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Sénégal : Ahmadou Al Aminou Lô face à l’Assemblée, le Pastef reste sceptique

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Le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Lô a présenté ce mardi 8 septembre 2026 sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale. Pendant près de deux heures et demie, le chef du gouvernement a défendu sa feuille de route, entre assainissement des finances publiques, renégociation de la dette et poursuite du programme Sénégal 2050. Mais face à une majorité parlementaire dominée par le Pastef d’Ousmane Sonko, le discours n’a pas convaincu.

Une déclaration sous haute tension politique

Nommé le 25 mai dernier, Ahmadou Al Aminou Lô jouait une partie importante de sa crédibilité politique devant les députés. Une intervention à forte portée institutionnelle, mais également très politique, dans un contexte de tensions persistantes entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale.

Le Premier ministre a d’ailleurs relevé cette situation particulière en rappelant qu’« au Sénégal, les institutions priment sur les personnalités ».

Face à lui, une assemblée largement dominée par le Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, dont plusieurs députés ont vivement contesté les orientations du gouvernement.

Entre continuité et prise de distance avec Sonko

Pour tenter de convaincre, Ahmadou Al Aminou Lô a multiplié les signes de continuité avec le projet porté à l’origine par le tandem Diomaye-Sonko. Il a notamment réaffirmé son engagement à poursuivre le programme économique Sénégal 2050.

Mais le chef du gouvernement a également adressé un message critique à la classe politique, dans un contexte de fortes tensions.

« Je regrette le climat de clivage politique extrême et de violence verbale », a-t-il déclaré, appelant les acteurs politiques à « placer le pays au-dessus d’un camp ».

Une manière de prendre ses distances avec les affrontements politiques qui traversent actuellement le pouvoir sénégalais.

Dette, FMI et choix de la « realpolitik »

L’autre grande partie du discours était consacrée à la situation économique du pays. Ahmadou Al Aminou Lô a dressé un constat particulièrement préoccupant, évoquant une dette qui atteint 132 % et une population confrontée à d’importantes difficultés sociales.

« Nous sommes un pays pauvre actuellement très endetté », a-t-il reconnu, assurant qu’il n’avait « pas le droit de faire la politique de l’autruche et fuite en avant ».

Le Premier ministre a également rappelé que le Sénégal a enregistré une croissance de 2,2 % en 2025, alors que le taux de natalité atteint environ 3 %. Il a évoqué la faiblesse des recettes fiscales et les conséquences du choc pétrolier lié à la guerre en Iran.

Pour lui, le pays doit désormais « reprofiler la dette du Sénégal » et négocier avec ses créanciers.

Ahmadou Al Aminou Lô assume également la nécessité de renouer avec le Fonds monétaire international.

« L’autarcie n’existe pas, on a besoin de l’étranger », a-t-il plaidé. « Il nous faut renouer avec la communauté internationale, le FMI, nous sommes membres du FMI. »

Le chef du gouvernement assure toutefois vouloir éviter toute cure d’austérité brutale.

« Nous ne sacrifierons pas les intérêts du Sénégal : il n’y aura pas d’ajustement sauvage comme dans les années 1980 », a-t-il affirmé, promettant que les mesures prises resteraient conformes au programme Sénégal 2050.

Le Pastef critique la méthode

Ces assurances n’ont toutefois pas suffi à convaincre les députés du Pastef. Plus de 54 parlementaires du parti ont publiquement interpellé le Premier ministre au cours des débats.

La question de la dette a notamment cristallisé les critiques. Plusieurs élus contestent le choix de la restructuration, préférant la poursuite des réformes engagées sous Ousmane Sonko.

« Vous cédez au diktat de l’impérialisme et du Fonds monétaire international », ont lancé certains députés du Pastef.

El Hadji Ousmane Fall, député du parti à Dakar, estime que le changement de méthode annoncé par le gouvernement crée des incohérences.

« Il a dit qu’il change de méthode, c’est pour ça que nous ne sommes pas convaincus. Il y a beaucoup d’incohérences », juge-t-il.

Même réserve chez Moustapha Sarré, conseiller spécial d’Ousmane Sonko. Il estime que le Sénégal disposait déjà d’une dynamique favorable et qu’il fallait laisser davantage de temps au plan de redressement économique et social.

« Nous avons eu des recettes de l’ordre de 173 milliards. Nous étions sur des rails. Il fallait donner plus de temps à ce plan de redressement économique et social pour qu’il n’y ait pas de restructuration de la dette », soutient-il.

L’opposition dénonce un manque de cap

Les critiques ne sont pas venues uniquement du Pastef. Pour la coalition Takku Wallu de l’ancien président Macky Sall, la déclaration de politique générale n’apporte pas de véritable nouvelle orientation.

« Ils n’ont pas de cap », déplore Abdou Mbow. Selon lui, le Premier ministre n’a présenté « aucun engagement », si ce n’est la reprise d’orientations déjà annoncées par Ousmane Sonko.

« Ils n’ont que des slogans et des vœux pieux », estime-t-il.

Sonko promet un contrôle des accords internationaux

Au terme des débats, qui auront duré près de huit heures, Ousmane Sonko a pris la parole en tant que président de l’Assemblée nationale.

S’il n’a pas évoqué une éventuelle motion de défiance contre le gouvernement, il a annoncé que les accords internationaux conclus par le Sénégal, notamment celui envisagé avec le FMI, feront l’objet d’un contrôle parlementaire.

Une manière pour le président du Parlement de rappeler le rôle de l’Assemblée dans les choix économiques du pays, alors que le gouvernement tente de restaurer la crédibilité financière du Sénégal tout en évitant une nouvelle fracture avec le camp d’Ousmane Sonko.

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