
Les trois grandes confédérations ont adressé lundi une lettre ouverte à la « famille du football ». Elles y dénoncent des problèmes de gouvernance au sein de la FIFA et réclament un examen indépendant des décisions prises récemment.
La tension monte dans les hautes sphères du football mondial. Dans une lettre conjointe publiée lundi 10 août 2026, l’AFC, la Concacaf et l’UEFA ont exprimé de sérieuses réserves sur la manière dont certaines décisions ont récemment été conduites au sein de la FIFA.
Dès le début de leur message, les trois confédérations rappellent que le football ne peut être considéré comme la propriété d’un individu ou d’une institution. Pour elles, le sport appartient à l’ensemble de sa communauté : joueurs, supporters, clubs, associations membres et instances dirigeantes.
Une contestation qui dépasse la question financière
L’AFC, la Concacaf et l’UEFA prennent soin de préciser que leur démarche ne porte pas sur l’argent. Elles reconnaissent notamment les progrès accomplis ces dernières années, comme l’élargissement des compétitions, l’attribution des Coupes du Monde 2030 et 2034 ou encore la redistribution des ressources aux associations membres.
Le désaccord porte plutôt sur la manière dont certaines décisions sont prises et présentées aux membres de la FIFA.
Les trois confédérations critiquent notamment une proposition élaborée dans un calendrier jugé extrêmement contraint et sans consultation suffisamment large. Elles estiment que cette méthode aurait limité la possibilité pour les associations membres d’examiner correctement le projet.
La vente d’une participation à la Coupe du Monde au centre des critiques
La proposition visant à vendre une participation dans la Coupe du Monde de la FIFA constitue l’un des principaux points de tension.
Pour les signataires, cette initiative ne relève pas d’une simple maladresse administrative. Ils y voient une erreur de jugement majeure et une rupture de confiance avec les institutions que la FIFA est censée servir.
Les trois confédérations rejettent également l’idée selon laquelle les problèmes rencontrés seraient uniquement liés à une mauvaise communication.
Une enquête indépendante demandée
La FIFA ayant annoncé la présentation d’un rapport complet au Conseil de la FIFA, l’AFC, la Concacaf et l’UEFA demandent que cet examen soit confié à un tiers totalement indépendant.
Selon elles, l’administration de la FIFA ne devrait jouer aucun rôle dans la conduite de cette procédure.
Les signataires demandent par ailleurs la conservation de tous les documents et dossiers pertinents liés à cette affaire.
Des interrogations sur une réunion organisée au Maroc
La lettre revient également sur une réunion de direction organisée récemment au Maroc. Selon les trois confédérations, un seul responsable élu était présent, tandis qu’aucun membre du Conseil de la FIFA ni aucune association membre n’avait été invité.
Cette situation est présentée comme un élément supplémentaire alimentant leurs inquiétudes sur la gouvernance de l’organisation.
Un appel à l’unité
Malgré la fermeté du message, l’AFC, la Concacaf et l’UEFA affirment agir au nom de l’unité du football.
Leur demande est avant tout politique et institutionnelle : elles souhaitent que le pouvoir au sein du football mondial soit exercé comme une responsabilité au service du collectif, et non comme un moyen de contrôle.
Une prise de position qui ouvre désormais une nouvelle séquence dans les relations entre les confédérations et la FIFA.
Lettre ouverte à la famille du football
Lundi 10 août 2026
Lettre conjointe de l’AFC, de la Concacaf et de l’UEFA
Chère famille du football,
Le football est la plus grande passion commune au monde. Il n’appartient à aucun individu ni à aucune institution.
Il appartient aux joueurs, aux supporters, aux clubs, aux associations membres et à toutes les institutions chargées de veiller à son avenir.
C’est dans cet esprit que, en tant que Confédérations représentant nos membres, nous nous exprimons collectivement aujourd’hui.
Les progrès accomplis au cours de la dernière décennie sont réels. Mais ces avancées n’ont jamais été l’œuvre d’un seul individu. Elles sont le fruit du travail conjoint de la FIFA, des Confédérations, des associations membres et des milliers de personnes qui consacrent leur vie au football.
L’élargissement des compétitions, l’attribution des Coupes du Monde de la FIFA 2030 et 2034, ainsi que la distribution de ressources aux associations : autant de réalisations collectives, décidées ensemble et mises en œuvre ensemble.
Il ne s’agit pas d’argent. Les Confédérations ont déjà appelé à une utilisation responsable des vastes réserves existantes de la FIFA afin de renforcer davantage les investissements en faveur du développement des associations membres.
Il ne s’agit pas non plus de priver une quelconque association membre du soutien qu’elle a acquis, malgré les campagnes alarmistes visant à faire croire le contraire à nos membres.
Il ne s’agit pas davantage de revenir sur l’élargissement des compétitions, la répartition des places pour les Coupes du Monde ou toute autre décision prise collectivement. Ces décisions ont été prises ensemble et doivent être respectées.
Il s’agit de quelque chose de plus fondamental : l’intégrité du jeu et l’intégrité de ceux qui sont élus pour le diriger.
Le leadership dans le football n’est pas une propriété. Il ne consiste pas à détenir — ou à exiger — le pouvoir pour le conserver. Il s’agit d’une mission au service de la famille du football qui vous confie cette responsabilité.
Lorsque la confiance est rompue par la tromperie, lorsqu’un individu se place au-dessus du collectif qui lui a confié son autorité, cette mission est abandonnée.
La récente lettre de la FIFA adressée à ses vice-présidents et aux 211 associations membres reconnaît que des erreurs ont été commises dans le processus. Elle présente cette situation comme un échec de communication, alors que ce que le football a constaté est un échec de jugement.
Une proposition élaborée dans un calendrier extrêmement contraint, sans véritable consultation, puis poussée vers une échéance avant que les associations membres ne puissent correctement examiner ses modalités, ne relève pas d’un simple oubli. Elle relève d’une démarche conçue pour limiter l’examen et le contrôle.
La FIFA n’a pas reconnu que la proposition elle-même était fondamentalement erronée.
Elle ne reconnaît toujours pas que la tentative de vendre une participation dans la Coupe du Monde de la FIFA constituait une profonde erreur de jugement — non pas seulement une maladresse procédurale, mais une rupture fondamentale de confiance avec les institutions mêmes que la FIFA a pour mission de servir.
La FIFA s’est également engagée à présenter un rapport complet sur ces événements au Conseil de la FIFA. Là encore, elle ne reconnaît pas qu’une gouvernance appropriée, face à une telle défaillance de jugement, exige qu’un tel examen soit mené par un tiers totalement indépendant, et non par la FIFA elle-même, ses employés ou quelque partie prenante que ce soit du football.
L’administration de la FIFA ne devrait jouer aucun rôle dans la conduite de cet examen.
Comme indiqué dans nos précédentes correspondances, tous les documents et dossiers pertinents doivent être conservés conformément aux instructions de l’UEFA relatives à la préservation des documents.
La propre lettre de la FIFA confirme également qu’un seul responsable élu était présent lors de la réunion de direction organisée au Maroc. Aucun membre du Conseil de la FIFA ni aucune association membre n’avait été invité à y participer. Seul le comité de direction, composé de hauts responsables employés par la FIFA, était présent.
Cette récente réunion, au cours de laquelle un nombre limité de membres du comité de direction de la FIFA — et non l’ensemble du comité — ont été convoqués à l’étranger, plutôt que de voir la direction se rendre à Zurich pour répondre directement aux préoccupations au cœur de la FIFA, auprès de son personnel, ne fait que renforcer ces inquiétudes.
Elle constitue la poursuite du même schéma de conduite qui nous a conduits à la situation actuelle.
Ce n’est pas le comportement d’un gardien du football, mais celui de quelqu’un qui estime que le football doit lui rendre des comptes.
Il y a du silence là où il devrait y avoir de la responsabilité.
De la distance là où il devrait y avoir de la transparence.
Ce ne sont pas les qualités que le football mérite de trouver chez ses dirigeants.
C’est pourquoi nous avons adopté cette position : ni à la légère, ni seuls, mais ensemble, par devoir envers le jeu que nous servons.
La force du football a toujours résidé dans son unité.
Nous appelons aujourd’hui à ce que cette unité soit respectée, pour un leadership au service du football et non à la recherche d’un pouvoir destiné à le contrôler.
Veuillez agréer, chère famille du football, l’expression de nos salutations distinguées.
Salman Bin Ibrahim Al Khalifa
Président de l’AFC
Victor Montagliani
Président de la Concacaf
Aleksander Čeferin
Président de l’UEFA
Datuk Seri Windsor John
Secrétaire général de l’AFC
Philippe Moggio
Secrétaire général de la Concacaf
Theodore Theodoridis
Secrétaire général de l’UEFA
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