Défendre les modes de vie ancestraux des peuples autochtones et leur accès à la terre : c’était l’une des thématiques du congrès « Notre terre, notre nature », qui s’est tenu la semaine dernière, du 21 au 25 septembre, à Nairobi, la capitale du Kenya. Une soixantaine de représentants de communautés autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et du Nord ont pu se rencontrer et échanger sur leurs luttes et leurs moyens d’action. Ils en ont tiré une déclaration commune, avec un mot d’ordre : repenser les manières de préserver l’environnement et permettre aux peuples autochtones de reprendre la main sur leurs territoires.
Réunis à Nairobi, des représentants de populations autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Amérique dénoncent l’accaparement de leurs territoires par des gouvernements, des entreprises et des ONG au nom de la préservation de l’environnement. Elias Kimaiyo, venu de la forêt d’Embobut, dans l’ouest du Kenya, porte leur message devant la presse : leurs territoires sont transformés en parcs nationaux, en sanctuaires animaliers, en réserves et en zones de chasse aux trophées sans leur consentement, et se retrouvent vendus via des marchés carbone et des crédits de biodiversité servant à verdir les comportements destructeurs de multinationales.
Les Baka du Cameroun face à une conservation militarisée
Dans le sud-est du Cameroun notamment, les communautés Baka ont à plusieurs reprises dénoncé des restrictions d’accès à la forêt, dont certaines zones sont classées comme aires protégées. Timothée Emini, docteur en droit originaire de cette région et représentant à Nairobi, évoque des expulsions, des violations physiques, des expropriations abusives et des interdictions d’accès aux ressources. Il estime qu’il était temps que le monde connaisse l’histoire vécue par les peuples autochtones Baka face à cette approche militarisée de la conservation, rappelant que la conservation durable telle qu’on la connaît aujourd’hui est celle qui a longtemps été pratiquée par les peuples autochtones, qu’il qualifie de meilleurs conservateurs.
« Décoloniser » la conservation de la nature
Les communautés réunies au Kenya demandent à pouvoir reprendre la main sur leurs territoires et leur préservation. Le congrès « Notre terre, notre nature » était organisé par l’ONG de défense des droits des peuples autochtones Survival International, qui milite contre l’accaparement de leurs terres à travers le monde et appelle à décoloniser la conservation de la nature.
Paul Renaut, chargé de campagne au sein de l’ONG, explique ce que cela signifie : décoloniser la conservation, c’est avant tout respecter les droits territoriaux des peuples autochtones, la meilleure manière de protéger ces espaces étant d’en confier la gestion à ceux qui y détiennent normalement des droits, et qui exercent cette protection depuis toujours, sans forcément lui donner l’étiquette de conservation.
Une éviction contre-productive
Selon lui, il est contre-productif d’expulser les meilleurs gardiens de leurs terres, car cela laisse l’espace libre à de nombreux autres types d’exploitation : tourisme de masse dans les aires protégées, extraction pétrolière, minière ou forestière, parfois au sein même de ces zones. Qui paie le prix, non seulement de la destruction de l’environnement, mais aussi de la prétendue conservation ? Toujours les mêmes, conclut-il : les peuples autochtones qui vivent sur ces territoires.

