
Une photo envoyée dans un cadre privé peut se transformer en moyen de pression lorsque son destinataire s’en sert pour menacer, extorquer de l’argent ou exiger de nouveaux contenus. Pour les victimes, la peur et la honte favorisent souvent le silence. Pourtant, au Bénin, des voies de recours existent et permettent de ne pas rester seul face au chantage.
« Envoie-moi l’argent, sinon je partage la photo. » Le message peut tenir en une ligne. Pour la personne qui le reçoit, ses conséquences peuvent être beaucoup plus lourdes. En quelques secondes, une conversation privée bascule dans l’inquiétude, qui verra la photo ? Que dira la famille ? Que penseront les amis ? Et surtout, comment arrêter les menaces ? C’est dans cet engrenage que s’installe la sextorsion. Le phénomène repose sur l’utilisation d’un contenu intime photo, vidéo ou autre information à caractère sexuel pour exercer une pression sur une personne. Le maître-chanteur peut réclamer de l’argent, demander de nouvelles images, menacer de contacter les proches ou chercher à imposer une rencontre ou un autre acte contre la volonté de la victime. Mais au milieu de la peur, un principe doit rester clair : une personne qui a partagé une image intime dans un cadre privé n’a pas, par ce seul geste, autorisé son destinataire à la diffuser ou à s’en servir pour la faire chanter.
Le piège de la honte : pourquoi les victimes hésitent à parler
Lorsqu’une menace apparaît, la première réaction n’est pas toujours de chercher de l’aide. Beaucoup de victimes commencent par se reprocher leur propre comportement. « Pourquoi ai-je envoyé cette photo ? » ; « Et si quelqu’un de ma famille la voit ? » ; « Que vont penser les autres ? » Ces questions peuvent enfermer la victime dans un sentiment de culpabilité. Pourtant, elles ne doivent pas faire oublier l’essentiel. La personne qui exerce le chantage est responsable de la pression qu’elle impose. Le Code du numérique béninois prévoit précisément une infraction de chantage lorsqu’une personne extorque, au moyen d’un réseau de communication électronique ou d’un système informatique, en menaçant de révéler ou d’imputer des faits susceptibles de porter atteinte à l’honneur ou à la considération, notamment pour obtenir une remise de fonds ou la révélation d’un secret. Le problème ne réside donc pas dans le fait, pour une personne, d’avoir fait confiance à quelqu’un en lui transmettant une image privée. Il apparaît lorsque cette image est détournée pour exercer une pression, obtenir quelque chose ou menacer.
Cette distinction est importante. Elle permet de sortir d’une logique de culpabilisation qui peut empêcher les victimes de signaler les faits.
Que faire lorsque la menace arrive ?
La peur peut pousser à agir dans l’urgence. Pourtant, quelques réflexes simples peuvent permettre de mieux maîtriser la situation. Conserver les preuves constitue une première étape. Il peut s’agir des captures d’écran des conversations, des messages de menace, des numéros de téléphone, des pseudonymes, des liens vers les comptes utilisés ou encore des demandes d’argent. Ces éléments peuvent être utiles pour documenter les faits et faciliter leur signalement.
Si le contenu a déjà été publié ou partagé en ligne, il est également utile de conserver les liens vers les publications concernées, les noms ou pseudonymes des comptes impliqués ainsi que, lorsque cela est possible, la date et l’heure de publication. Ces informations peuvent compléter les captures d’écran et faciliter le travail des services compétents.
Il est également important de sécuriser ses comptes. Changer ses mots de passe, vérifier les appareils ou sessions connectés et activer l’authentification à deux facteurs, lorsqu’elle est disponible, peuvent contribuer à limiter d’autres risques. Autre réflexe : ne pas rester seul. En parler à une personne de confiance peut permettre de prendre du recul et d’être accompagné dans les démarches. Enfin, répondre aux exigences du maître-chanteur ne garantit pas que les menaces prendront fin. Une victime peut donc chercher rapidement un accompagnement plutôt que de tenter de négocier seule avec l’auteur des menaces.
Au Bénin, des voies de recours existent
Une personne confrontée à une situation de sextorsion peut se rapprocher du Centre national d’investigations numériques (CNIN). Le CNIN met actuellement à disposition une adresse dédiée au dépôt de plainte : plaintes@cnin.bj. Elle peut également se rendre au commissariat de police le plus proche. Pour les femmes et les filles confrontées à des violences, l’Institut national de la Femme (INF) propose un dispositif d’écoute, d’orientation et d’accompagnement. L’Institut indique notamment une ligne verte gratuite, le 114, ainsi qu’un contact WhatsApp au 01 51 07 88 88, accessible par écrit ou par message audio.
La sextorsion cherche souvent à enfermer sa victime dans la peur : peur d’être exposée, peur d’être jugée, peur de parler. Mais une image intime ne résume pas une personne et ne lui fait pas perdre ses droits. Face au chantage, demander de l’aide n’est pas une faiblesse. C’est le premier pas pour sortir du piège.
Kevin da SILVA
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