
En Somalie, les shebabs utilisent les règles environnementales comme un outil de contrôle des populations et de consolidation de leur pouvoir. Une enquête publiée le 1er octobre 2026 par le Centre on Armed Groups montre que certaines de ces mesures répondent à la fois à des objectifs de communication, militaires et politiques, dans un pays déjà confronté à une grave crise alimentaire.
Plantation d’arbres, campagnes contre les sacs plastiques ou encore interdiction de couper certains arbres : le groupe jihadiste affilié à al-Qaïda développe depuis plusieurs années un discours axé sur la protection de l’environnement. Selon Ashley Jackson, codirectrice du Centre on Armed Groups, cette stratégie remonte à 2010.
Pour réaliser leur enquête, les chercheurs ont analysé plus d’une décennie de publications des shebabs, avec l’aide de l’intelligence artificielle. Des chercheurs somaliens ont également interrogé des habitants des zones contrôlées par le groupe ainsi que des commandants, afin de comparer les annonces des shebabs avec leurs pratiques sur le terrain.
Selon Ashley Jackson, ces actions environnementales servent notamment à diffuser l’image d’un groupe capable de mieux répondre aux besoins de la population que les autorités de Mogadiscio.
Des règles environnementales aux objectifs militaires
L’interdiction de couper les arbres vivants illustre cette utilisation à plusieurs niveaux. Si elle peut contribuer à préserver la végétation, elle présente également un intérêt militaire pour les shebabs. Le couvert végétal permettrait notamment de dissimuler les déplacements des combattants aux drones et aux satellites.
Mais cette interdiction peut aussi avoir des conséquences importantes pour les habitants, particulièrement pendant les périodes de sécheresse. Le bois constitue en effet une ressource pour construire des logements, commercer ou produire du charbon.
Ashley Jackson rapporte qu’une violation de cette règle pouvait entraîner une amende d’environ 1 000 dollars. Selon elle, les shebabs présentent ainsi une mesure répondant notamment à un impératif militaire comme une politique de protection de l’environnement.
Des populations déjà fragilisées
Ces restrictions interviennent dans un contexte humanitaire difficile. La sécheresse, l’insécurité et les difficultés d’accès aux ressources contribuent à aggraver la crise alimentaire. Selon l’analyse IPC publiée le 23 septembre, 5,4 millions de personnes pourraient se retrouver en situation de crise alimentaire ou pire entre octobre et décembre.
À Baidoa, dans le sud-ouest du pays, environ 26 000 personnes déplacées pourraient atteindre le niveau « catastrophe », le niveau le plus élevé de la classification alimentaire.
Les familles sont également confrontées à d’importantes difficultés d’accès aux soins. Binyam Gebru, responsable des programmes de Save the Children en Somalie, expliquait avoir rencontré à Beledweyne une mère dont l’un des cinq enfants souffrait de malnutrition aiguë sévère. Certaines familles doivent alors choisir entre emmener un enfant se faire soigner et s’occuper des autres enfants restés à la maison.
Les affrontements à Baidoa ont par ailleurs contraint Save the Children à annuler une visite de terrain. L’organisation précise toutefois que ses services n’ont pas été interrompus, même si des retards restent possibles.
Un moyen d’affirmer une capacité à gouverner
Selon Ashley Jackson, environ un tiers de la Somalie se trouve sous le contrôle ou l’influence des shebabs. Dans ces territoires, le groupe organise également sa propre réponse à certaines crises climatiques, notamment à travers le nettoyage de systèmes d’irrigation, la prévention des inondations ou des interventions lors de catastrophes.
Les effets de ces actions sont toutefois variables. Certaines mesures peuvent bénéficier directement aux habitants, tandis que d’autres servent davantage la communication du groupe ou les intérêts de ses commandants.
Avec les fortes pluies et les inondations attendues sous l’effet d’El Niño, les populations pourraient encore être davantage fragilisées. Save the Children appelle à renforcer l’aide et à anticiper les besoins en nourriture, matériel médical et fournitures nutritionnelles.
Pour Ashley Jackson, la capacité des shebabs à répondre aux crises climatiques constitue également un enjeu de pouvoir. En montrant qu’ils peuvent gérer certaines difficultés auxquelles sont confrontées les populations, le groupe cherche à renforcer son image et sa légitimité dans les territoires qu’il contrôle.
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