
Au Sénégal, la pression s’accentue autour des prochaines élections locales. L’opposition, mais aussi Ousmane Sonko, réclament au président Bassirou Diomaye Faye la fixation rapide d’une date pour un scrutin qui pourrait devenir le premier grand test électoral de leur rupture politique.
Les mandats des élus municipaux et départementaux arrivent à échéance en janvier. Mais à ce jour, le chef de l’État n’a toujours pas pris les décrets nécessaires au lancement du processus électoral.
Sonko presse Faye de fixer une date
Depuis plusieurs semaines, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, demande le respect du calendrier électoral. Il accuse le président Faye de chercher à retarder les élections.
Lors d’un déplacement dans le nord du pays, le leader du Pastef a même appelé ses militants à réduire leur mobilisation afin, selon lui, de permettre au chef de l’État de « prendre le courage » de fixer une date.
Cette nouvelle passe d’armes illustre la profondeur de la rupture entre les deux hommes, qui avaient pourtant conquis ensemble le pouvoir en 2024.
Un premier duel électoral depuis leur rupture
À l’époque, Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle, avait soutenu Bassirou Diomaye Faye. Leur victoire avait permis au Pastef de s’installer au pouvoir.
Mais depuis la rupture entre les deux hommes, le parti est traversé par des tensions et chacun semble désormais préparer la prochaine bataille politique.
Les élections locales pourraient ainsi offrir une première indication du rapport de force entre les deux camps, notamment en vue de la présidentielle de 2029.
La coalition d’opposition FDR, liée à l’ancien président Macky Sall, s’est également prononcée contre tout report du scrutin ou toute prolongation des mandats des élus locaux.
Le calendrier entretient les incertitudes
Selon le juriste Mor Fall, le Code électoral prévoit que le décret fixant la date des élections soit publié au moins 80 jours avant le scrutin. Si les élections doivent se tenir avant l’expiration des mandats actuels, le décret devrait donc intervenir au début du mois de novembre.
Mais Aminata Touré, responsable de Kiiraay, le mouvement lancé par Bassirou Diomaye Faye, a récemment estimé que le président pouvait organiser les élections au cours de l’année 2027.
Une déclaration qui a renforcé les spéculations sur un éventuel report.
Faye pourrait-il dissoudre l’Assemblée ?
L’incertitude dépasse désormais les seules élections locales. Le ministre du Commerce, Serigne Gueye Diop, a affirmé cette semaine que le président envisageait une dissolution du Parlement en décembre, suivie d’élections législatives anticipées.
Des médias sénégalais ont également rapporté que le chef de l’État aurait sollicité l’avis du Conseil constitutionnel sur la possibilité d’organiser simultanément les élections locales et les législatives en 2027.
Pour l’analyste politique Pathe Mbodj, Bassirou Diomaye Faye pourrait être tenté de temporiser afin de renforcer sa propre formation politique et d’améliorer son rapport de force avant de retourner devant les électeurs.
Une éventuelle décision de reporter les élections ne serait toutefois pas sans conséquence : un tel report nécessiterait une loi adoptée par le Parlement, selon le juriste Mor Fall.
À quelques mois de l’échéance des mandats locaux, le calendrier électoral sénégalais reste donc incertain, sur fond de rivalité désormais ouverte entre les deux anciens alliés du pouvoir.
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